L’eau chaude sanitaire représente 11 à 15 % de la facture d’énergie d’un logement, soit 250 à 400 € par an pour un ballon électrique familial. Or, sur les chauffe-eau que nous inspectons à Rennes, près d’un sur deux est réglé trop chaud, souvent à 70 °C sortie d’usine ou après un passage d’installateur pressé. Régler correctement son ballon prend vingt minutes, ne coûte rien et rapporte jusqu’à 30 € par an tout en prolongeant la vie de la cuve. Voici comment faire, proprement et en sécurité.
Pourquoi 50 à 60 °C, et pas moins
La réglementation française (arrêté du 30 novembre 2005) impose une température comprise entre 50 et 60 °C dans les équipements de stockage de plus de 400 litres, et la recommande fortement pour tous les ballons domestiques. Cette plage n’est pas arbitraire.
Le risque sanitaire en dessous de 50 °C
La légionelle, bactérie responsable de la légionellose, prolifère entre 25 et 45 °C. À 50 °C elle est neutralisée en quelques heures, à 60 °C en quelques minutes. Descendre sous 50 °C pour « faire des économies » transforme le ballon en incubateur : c’est la fausse bonne idée que nous voyons le plus souvent.
Le gaspillage au-dessus de 60 °C
Chaque degré au-dessus de 60 °C augmente les pertes thermiques du ballon d’environ 5 % et accélère l’entartrage : au-delà de 60 °C, le calcaire précipite deux fois plus vite sur la résistance. Un ballon réglé à 70 °C au lieu de 55 °C consomme 10 à 15 % d’électricité en plus et s’entartre prématurément, surtout avec l’eau moyennement dure du bassin rennais. Sans compter le risque de brûlure : à 65 °C, trois secondes suffisent pour brûler la peau d’un enfant.
Le réglage pas à pas
Étape 1 : coupez le courant
Avant toute chose, coupez le disjoncteur dédié au chauffe-eau (généralement repéré « ballon » ou « ECS » au tableau, souvent couplé au contacteur heures creuses). C’est impératif : le thermostat se trouve sous le capot, à proximité de bornes sous tension.
Étape 2 : accédez au thermostat
Sur un ballon électrique vertical, le thermostat est sous le capot plastique inférieur, fixé par une ou deux vis. Déposez le capot avec votre tournevis. Vous découvrez une molette graduée, parfois simplement marquée « + / – » ou de repères 1 à 5, parfois en degrés.
Étape 3 : réglez la molette
Positionnez la molette sur 55 °C, le meilleur compromis. Si la graduation n’est pas en degrés, placez-la aux deux tiers de la course environ, puis affinez après mesure. Sur un chauffe-eau thermodynamique ou à commande digitale, le réglage se fait directement sur le panneau : entrez 55 °C.
Étape 4 : refermez et vérifiez
Revissez le capot, réenclenchez le disjoncteur, et laissez le ballon faire un cycle complet de chauffe (une nuit en heures creuses). Le lendemain, faites couler l’eau chaude seule au robinet le plus proche du ballon pendant une minute, puis mesurez au thermomètre de cuisine : vous devez lire entre 50 et 55 °C. Ajustez la molette d’un cran si nécessaire.
Ce que le bon réglage vous rapporte
| Réglage du ballon | Consommation annuelle (200 L, famille de 4) | Coût électricité |
|---|---|---|
| 70 °C (réglage usine fréquent) | ~2 100 kWh | ~440 € |
| 60 °C | ~1 900 kWh | ~400 € |
| 55 °C (recommandé) | ~1 800 kWh | ~380 € |
| 45 °C (non conforme) | ~1 650 kWh | risque sanitaire |
Passer de 70 à 55 °C économise 50 à 60 € par an, réduit l’entartrage et éloigne le risque de brûlure. L’écart entre 55 et 45 °C, lui, ne vaut jamais le risque de légionellose.
Trois réglages complémentaires qui comptent
D’abord, vérifiez que le contacteur heures creuses est bien sur « Auto » : chauffer la nuit coûte 20 à 30 % moins cher qu’en heures pleines. Ensuite, si vos robinets crachent une eau brûlante, faites poser un limiteur de température ou un mitigeur thermostatique en sortie de ballon : le stockage reste à 55 °C, la distribution est plafonnée à 50 °C comme l’exige la réglementation aux points de puisage des salles de bains. Enfin, en cas d’absence de plus de quatre jours, coupez le ballon ; à votre retour, laissez-le remonter en température complète avant de vous doucher.
Si votre thermostat est grippé, si le ballon dépasse dix ans ou si l’eau met longtemps à chauffer, un détartrage ou un remplacement de résistance s’impose : c’est une intervention d’une heure que Maison Delorme réalise couramment, groupe de sécurité vérifié dans la foulée.
Sources
- ADEME, 2025
- Arrêté du 30 novembre 2005 relatif aux installations d'eau chaude sanitaire
- Centre d'information sur l'eau, 2024