Le dégât des eaux est le sinistre habitation le plus fréquent en France : les assureurs en recensent plus d’un million chaque année. C’est dire si les procédures sont rodées — et c’est plutôt rassurant. Un plafond taché chez le voisin ou un parquet gondolé chez vous n’a rien d’une catastrophe administrative, à condition de suivre les étapes dans le bon ordre. Voici le parcours complet, de la découverte du sinistre à l’indemnisation, avec les délais et les montants qui font foi en 2026.
Première urgence : stopper la cause, pas remplir des papiers
Avant toute démarche, on traite la fuite. Coupez l’eau au robinet d’arrêt, protégez les biens, épongez, et faites intervenir un plombier si l’origine n’est pas évidente ou pas accessible. Conservez précieusement sa facture : elle documente la cause du sinistre et sera demandée par l’assureur. Ce point mérite d’être clair : la réparation de la canalisation ou du joint défaillant reste en général à votre charge (150 à 350 € pour une fuite simple), tandis que l’assurance couvre les dommages causés par l’eau — peintures, sols, plafonds, mobilier.
Photographiez tout, avant même de nettoyer : la flaque, l’auréole, les biens touchés, l’origine de la fuite. Des photos datées valent tous les récits.
Le constat amiable dégât des eaux
Quand est-il nécessaire ?
Dès que le sinistre implique un tiers : voisin du dessus ou du dessous, parties communes, propriétaire si vous êtes locataire. Si l’eau n’a endommagé que votre propre logement et que vous en êtes l’occupant propriétaire, une simple déclaration à votre assureur suffit.
Comment le remplir sans se tromper
Le formulaire, fourni par votre assureur ou téléchargeable, se remplit à deux (ou trois en cas de parties communes impliquées, avec le syndic). Chacun décrit les dommages constatés chez lui, on identifie ensemble l’origine supposée de la fuite, chacun indique ses références de contrat, puis chaque partie signe et conserve un exemplaire. Deux conseils d’expérience : ne cochez « origine inconnue » que si c’est vraiment le cas — cela déclenche une recherche de fuite, utile mais plus longue — et ne signez rien qui ne corresponde pas à ce que vous avez constaté. Le constat n’est pas une reconnaissance de responsabilité : il décrit des faits, la répartition des rôles vient après.
Déclarer sous cinq jours ouvrés
Vous disposez de cinq jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre pour le déclarer à votre assurance habitation, constat joint. La déclaration se fait par l’espace client, par téléphone ou par courrier recommandé. Mentionnez la date de découverte, la cause si elle est connue, la nature des dommages et une première estimation. Inutile d’attendre d’avoir tous les devis : une déclaration rapide et complétée ensuite vaut mieux qu’une déclaration tardive et parfaite.
La convention IRSI : qui gère, qui paie
Depuis 2018, la convention IRSI simplifie considérablement les sinistres courants entre assureurs. Elle s’applique aux dégâts des eaux dont le montant est inférieur à 5 000 € HT par local sinistré — soit l’immense majorité des cas.
Sinistres jusqu’à 1 600 € HT (tranche 1)
Votre propre assureur — celui de l’occupant du logement sinistré — gère le dossier, missionne si besoin la recherche de fuite et vous indemnise directement, sans expertise contradictoire ni recours entre compagnies. C’est la voie rapide : l’indemnisation intervient couramment sous 30 jours après l’accord sur le montant.
Sinistres entre 1 600 et 5 000 € HT (tranche 2)
Votre assureur reste votre interlocuteur unique et missionne un expert pour chiffrer les dommages, mais il pourra exercer un recours contre l’assureur du responsable. Pour vous, cela ne change presque rien : un seul dossier, un seul contact. Comptez quelques semaines de plus, le temps de l’expertise. Au-delà de 5 000 € HT, on sort de la convention : expertise contradictoire classique, délais plus longs, et l’accompagnement d’un professionnel du bâtiment pour chiffrer précisément devient un vrai atout.
L’indemnisation : à quoi s’attendre
L’assureur indemnise sur la base des devis ou factures de remise en état, en appliquant la vétusté prévue au contrat — souvent atténuée par une garantie « rééquipement à neuf » si vous l’avez souscrite. Ordres de grandeur constatés en 2026 : 400 à 900 € pour la reprise en peinture d’un plafond, 1 500 à 4 000 € pour le remplacement d’un parquet ou d’un sol stratifié selon la surface, la recherche de fuite (300 à 800 €) étant prise en charge dans le cadre conventionnel. La franchise de votre contrat, généralement entre 100 et 250 €, reste déduite.
Un dernier conseil de terrain : n’engagez les travaux d’embellissement qu’après l’accord écrit de l’assureur, mais n’attendez jamais pour assécher. Un logement ventilé et séché rapidement, c’est un dossier plus simple — et surtout, pas de moisissures trois mois plus tard.
Sources
- France Assureurs, 2026
- Service-Public.fr, 2025